Jour 1 :
C'est mon premier jour de travail. Fraîchement émoulue de mon IUT d'informatique, j'entre aujourd'hui dans le monde du travail. Oh, ce n'est pas un super job, mais bon, conceptrice de sites
Internet, ça sonne plutôt bien, et puis rien n'indique que je ne pourrais pas, plus tard, évoluer vers d'autres spécialisations, allez savoir ce que la vie vous réserve ! J'ai 20 ans et toute la
vie devant moi. Aller il est l'heure que je me prépare pour cette nouvelle journée, début de ma nouvelle vie.
Je suis heureuse.
Jour 2 :
Le premier jour s'est bien passé, le patron est un peu bizarre, il ne parle pas très bien le français, mais comme je comprend l'italien, ce n'est pas trop grave. On a mis en place la série de
sites que j'aurais à préparer pour la présentation de maisons de luxe. Il faudra le faire en trois langues : italien, français et anglais. Visiblement la clientèle est surtout transalpine.
Pour la partie Italienne, c'est un étudiant en italien, qui fait son master 2 en alternance qui s'en occupera. Vu qu'il n'est là qu'une semaine sur quatre, c'est bien tout ce qu'on peut lui
confier.
Mais c'est sympa, nous ne sommes finalement que trois et le patron semble vouloir me laisser beaucoup de liberté, j'apprécie.
...
Jour 10 :
Hum, je commence à réviser mon jugement, le patron s'emporte beaucoup. Dénigre souvent mon travail. Je lui ai donc demandé de définir ce qu'il voulait comme charte graphique. Il m'a dit qu'il me
l'avait déjà dit. J'ai répondu que c'était faux, mais bien sûr monsieur a raison. Vu que c'est le boss.
C'était peut être une mauvaise journée. Je le souhaite en tout cas.
...
Jour 30 :
Ouf, un mois vient de s'écouler, ce n'est pas de tout repos que de faire des sites trilingues, avec des bases de données. D'autant que j'ai du recommencer plusieurs fois, vu qu'on ne me disait
pas du premier coup tout ce qui devait obligatoirement se trouver pour chaque annonce, en dehors des éventuelles photos. Les scripts ne sont pas évident à faire non plus, on est loin de
l'ambiance quasi aseptisée des cours.
Néanmoins, je trouve que c'est motivant, même si le patron entre souvent dans des colères digne de Katrina, ma foi, il suffit de faire comme le roseau, plier, mais ne pas rompre.
Pas évident du tout, mais faut que je m'accroche, encore un mois avant que ma période d'essai ne se termine...
...
Jour 40 :
Aucun virement sur mon compte en banque pour mon salaire, pas reçu de chèque non plus. Je suis allée demander comment ça se passait, et je me suis faite jeter comme pas permis !
"Comment osez vous demander de l'argent pour le travail que vous faites ! Ce n'est même pas terminé ! Ce n'est pas ce que je voulais ! Sortez de mon bureau !!!"
Et encore là, je m'exprime en bon français... Je serais bien incapable de répéter son charabia franco-italien injurieux.
Je redemanderais demain, mais ça m'angoisse, j'espère qu'il ne va pas mettre fin à la période d'essai !
Jour 41 :
J'ai redemandé pour mon salaire. Même scène. Que vais-je faire ? C'est que j'ai des factures à payer moi !
Jour 42 :
Je suis estomaquée, le boss est venu me voir avec une liasse de billet de 500 euros, et m'a demandé de combien j'avais besoin !
Je lui ai répondu que bon, mon salaire avait été fixé à 1300 € net... Il m'a donné 500 euros en me disant que si j'avais besoin de plus je pouvais aller le trouver.
Je suis restée sur les rotules de surprise... ça ne me semble pas bien net toute cette histoire. Pourtant j'ai bien signé un contrat de travail. Je ne comprend pas.
...
Jour 120 :
Je n'en peux plus, je suis épuisée. Je tente pourtant de répondre à tous les desiderata de mon chef, mais rien ne semble jamais complètement le satisfaire. Et puis toujours demander son salaire,
l'obtenir par petits bout : ici un chèque, là du liquide... jamais un virement ! C'est effarant, je n'avais jamais vu ça. Mes amis me disent que ce n'est pas légal, mais que faire ?
Je n'ai pas droit encore aux vacances et mes horaires couvrent largement ceux des administrations auprès desquelles je pourrais me renseigner !
En plus, les visiteurs sont de plus en plus étranges. Encore un peu et je me croirais dans un remake du Parrain.
Brrrrr...
...
Jour 140 :
On vient de déménager à la cloche de bois, j'en suis sûre. On a du tout faire Phil - l'étudiant en italien - et moi, le boss est parti "signer le bail" pendant que l'on s'échinait à transporter
les cartons, ordinateurs et meuble du point A au point B. Et en plus, on a eu pour mission de se la jouer discrète en quittant les locaux.
C'est louche tout ça, très louche.
En plus, je n'arrive même plus à avoir mon salaire en intégralité, même en pleurnichant disant que j'ai des factures à payer, il me répond qu'il est pas là pour me donner l'aumône.
Je suis au bord du gouffre financier et lui se balade avec des sommes énormes sur lui.
Ce n'est pas juste !
Jour 141 :
Les mêmes hommes bizarres sont revenu, et cette fois, je suis presque sûre d'avoir vu la crosse d'un revolver sur l'un d'eux.
C'est sûr que c'est la mafia.
Je suis au bord de la dépression nerveuse, j'ai du mal à payer mon loyer, je n'ai presque plus d'argent, à peine de quoi remplir la voiture d'essence pour venir bosser.
Il faut que je trouve une solution.
Et vite.
...
Jour 160 :
Ca y est, j'ai un plan. Je n'aurais peut être plus de travail après ça, mais tant pis, je crois que le jeu en vaut la chandelle.
On vient a nouveau de déménager, j'ai le dos en miette, mais cette fois, je suis tombée par hasard sur un coffre, comme il était assez vieux, l'ouvrir ne fut pas trop difficile. J'ai une bonne
oreille. Il était rempli de billets, suffisamment pour voir venir le temps de trouver autre chose. J'ai refermé, et c'est là que l'Idée a germé.
Premièrement, il tente d'échapper à ses mystérieux hommes en noir.
Deuxièmement, il a un coffre plein d'argent.
Enfin, ces hommes sont armés. Et a moins qu'ils ne soient policiers, je ne pense pas que ce soit autorisé en France.
Je te le dis, cher Journal, j'ai une idée !
...
Jour 170 :
Voilà mon plan est fin prêt. Je me suis arrangée pour laisser notre nouvelle adresse à l'ancienne, l'air de rien. Je suis sûre que ces hommes vont venir et là, il faudra que je la joue serré,
mais c'est faisable.
Je bous d'impatience.
...
Jour 175 :
Ça y est, les hommes nous ont retrouvé, ils sont entrés dans le bureau du chef. Je suis allée préparer des cafés et je me suis arrangée pour trébucher et renverser les tasses sur celui que je
soupçonne de porter une arme. Je me suis confondue en excuse et l'ai accompagné dans les toilettes pour tenter d'enlever les tâches de café. Entre temps, je me suis arrangée pour qu'il boive
quand même un verre d'eau. Il contenait un somnifère.
Alors qu'il était étendu par terre, j'ai échangé son revolver (j'avais donc bien vu) contre une imitation qu'une de mes amies m'a obtenu. Elle travaille comme accessoiriste pour le cinéma, les
studios de la Victoria à Nice. Au poids, ça n'a pas trop de différence, j'ai quand même du un peu lester avec du plomb, mais le temps qu'il s'aperçoive de l'échange, il sera bien trop tard et il
n'osera jamais rien dire, ce serait trop la loose !
Dès qu'il a été dans le coltard, et après avoir pris soin de cacher mon butin, j'ai couru prévenir les autres que leur collègue avait eu un malaise. J'ai proposé d'appeler les pompiers, mais bien
sûr ils ont préféré partir et l'emmener eux-même. Comme je m'y attendais.
J'ai quitté le travail comme d'habitude, et comme d'habitude le boss est resté plus longtemps.
Jour 176 :
La police était dans nos locaux. Apparemment mon boss aurait été victime d'un règlement de compte et son coffre fort est vide. J'ai été longuement interrogée et j'ai donné tous les détails dont
je pouvais me souvenir, j'ai même fait quelques portraits robot avec le dessinateur de la police.
Il semblerait que tous ces hommes soient déjà recherchés, notamment pour escroquerie.
J'ai appris qu'en fait je n'avais jamais été déclarée pour le travail, j'ai porté plainte, comme c'est une société, même si le gérant est mort, on peut espérer que la procédure aura tout de même
lieu et que je serais indemnisée, pour peu que je puisse prouvée que j'ai bien travailler pour lui.
J'ai un contrat, et des tas de fichiers sur les ordinateurs qui le prouve. Comme j'ai peu de moyens, j'aurais probablement droit à l'aide juridictionnelle.
Je n'ai peut être plus de travail, mais au moins, je suis libérée du joug de cet oppresseur de patron.
...
4 ans plus tard :
J'ai gagné ma procédure pour avoir été trompée sur la nature de mon contrat de travail et non respect de je sais plus trop quoi. Mon avocate a été formidable. J'ai touché un joli chèque de 20 000
euros. Je lui en ai donné 10%, c'est le moins que je pouvais faire, vu qu'elle n'a pas été vraiment payé (l'aide juridictionnelle ne nourri pas son avocat !)
Je suis maintenant tranquille pour un bon moment, et surtout je vais pouvoir commencer à dépenser un peu d'argent sans me faire repérer.
Car s'il est vrai que ces "hommes en noir" étaient louches à juste titres, ils sont au moins innocents sur un point : le meurtre de mon ancien patron. Mais ça, avant qu'on les croit...
J'ai vraiment bien mener ma barque finalement, et en plus maintenant, j'ai un vrai bon boulot : 35h, déclaré, avec plein de vacances : qu'il est bon d'être fonctionnaire quand on a un joli magot
derrière soit !
Je crois que cette année, je vais m'offrir un périple d'un mois en Australie, j'adorerais voir les kangourous !